mardi 27 novembre 2012

Que quelqu’un aille leur dire…



Qu’on est maitre de ce qu’on tait et esclave de ce qu’on dit, de ce qu’on fait !
Qu’il leur faut relire le livre, il y a comme des pages qu’ils ont sautées.
Qu’une population, c’est des êtres humains, pas une monnaie d’échanges.
Que leur réunion à Kampala ressemble à une grosse farce, pour preuve Paul n’a pas daigné se déplacer en personne et a envoyé sa Louise des affaires étrangères.
Que la déclaration du clan Joseph d’« écouter, évaluer et prendre en compte les revendications légitimes » est tout simplement incroyable… sinon les fonctionnaires devraient créer un SI72 – le mouvement des 72 mois de Salaires Impayés…pour qu’on les écoute eux aussi, qu’on évalue et qu’on prenne en compte leurs revendications légitimes : charges familiales, épouse et enfants, loyer, électricité, scolarisation, prime d’ancienneté de service, vacances dues, etc. Qu’on ne discute pas avec ceux qui font du mal à notre chair et à notre sang, à ceux qu’on aime, ce serait leur donner un pouvoir de légitimation… on leur règle juste leur compte et ça c’est justifiable dans toutes les cours de justice du monde, même chez Obama – surtout chez Obama.

Au lieu de ça, non. Ils discutent, lui négocie, fait le fier et sa photo fait les unes du monde entier ou presque. Une amie québécoise, en voyant parler du Congo trois jours d’affilée au journal Métro de Montréal me disait : « Ça y est, il y a assez de morts maintenant pour qu’on en parle ici… »
Eh oui, avec ses troupes, il a pris la ville de Goma et il en est si fier… Il peut se targuer d’avoir réussi à passer à la télé rubrique des informations internationales, et son nom – Jean-Marie Runiga Lugerero - est aussi marqué dans l’histoire, à côté des autres. Hum ! Triste sort pour le reste de gens, ceux et celles qui ne font pas partie du mouvement et qui constituait jusqu’à preuve du contraire la population d’un pays ! Et c’est d’une indécence que de garder silence…
Tellement cette situation m’énerve, j’ai mis du temps avant de poster une nouvelle, puis… je me suis dit de juste reprendre cet hommage sous forme de correspondance à cet être cher, fonctionnaire de l’État à son époque…

Lettre au disparu, à l’absent

Muflor,

Cette année, j’ai envie de me dévoiler un peu plus et leur parler de toi.
Pour qu’ils comprennent cet attachement qu’ils pensent être une fixation ou même un arrêt dans le temps, certains même imaginent un refus de vivre… Aujourd’hui, un « bas les masques » s’impose.
Que je leur dise enfin que ce côté de moi où je prends le temps d’écrire et d’inventer un monde me vient de toi, et t’écrire aujourd’hui est un hommage…
Comme le fait de vivre, avancer, évoluer, aimer, partager, donner la vie. 

Ta mort fut un abîme, jadis. Désormais, elle est un puits. Une source.

On a toujours tendance à ne dire que du bien de ceux qui sont partis. Et pour beaucoup, c’est se rattraper sur les ratés et les non-dits. 
Toi, Muflor, tu as su me donner une essence, des valeurs, il en va de soi que je te compte parmi mes muses intarissables. Ce que je suis, je te le dois.
À quelque chose parfois malheur est bon… 

Les premières années de ta disparition, je me suis souvent demandée comment j’arriverais à vivre, à tenir le coup, à te rendre ce qui n’appartient qu’à toi, cet œil, ce dynamisme, cette façon de tout miser sur une détermination, une certitude, qui faisaient de toi un bosseur, un idéaliste, un battant. Personne n’a pu t’enlever ça durant ton séjour à l’hôpital. Personne n’a pu t’enterrer de ton vivant. Personne ne t’ensevelira dans la tombe. Certaines choses ne s’achètent pas. C’est très vrai !

Au début je refusais ton absence et me bagarrais contre elle. Puis, j’ai réussi à faire la paix avec moi. Ton absence représente maintenant une présence pour me rappeler que l’histoire a existé, que je viens de quelque part, un endroit merveilleux, et qu’il me faut continuer ma route moi aussi, jusqu’à mon arrêt. Forte de cela, j’ai su avancer !
Tes désirs ne rencontraient aucun obstacle. Tu voulais t’extraire de la réalité, tu pensais que tu avais la vie devant toi, tu étais quelque peu naïf et d’un idéalisme à couper le souffle, tandis que la société dans laquelle tu vivais était une vraie jungle. Un nid de vipères, un panier à crabes. Tes « amis » et « collègues » se servaient dans la caisse, toi tu espérais voir les mentalités changer. Du coup, tu étais seul à être honnête autour de la corruption. Ça faisait tâche et c’est toi qui avais l’air anormal… Tu n’as pas vécu dans la bonne époque que je me dis aujourd’hui… En même temps, si tu avais fait comme les autres, je ne serais peut-être pas en train de t’écrire cette lettre…
À quelque chose parfois malheur est bon !

Ton travail te passionnait, alors que tu semblais indifférent à ton entourage familial clanique. La famille manche-longue. Ils venaient sans cesse à la maison réclamer quelque chose, qui du support, qui de l’argent, qui de l’attention.
Tu n’avais pas le temps… C’est vrai que tu avais du mal à décrocher pour prendre des nouvelles de ceux que tu aimais. Ils en souffraient. On le voyait.
On ne le vivait pas. Alors on ne s’en plaignait pas. Avec le monde, tu étais comme caché derrière une certaine difficulté à exprimer tes émotions, comme si, surtout, tu t’en méfiais. Mais c’est le contraire qui transparaissait : on te disait autoritaire et je m’enfoutiste.

Tous les jours, j’ai des signes de toi.
Est-ce moi qui les fabrique, ou est-ce ton âme qui m’accompagne ?
De toutes les façons, je suis une partie de toi, c’est un fait.
Je vis, je voyage avec ton absence-présence. Y a des choses que je ne ferais jamais juste parce que je sais, comme avant, que tu n’aimeras pas. De toutes les vies sombres qu’on m’a prêtées, je n’ai eu ni le temps ni le loisir d’aller casser la gueule aux raconteurs. J’ai gardé le sourire – je le garde encore - jusqu’au bout en me sachant simplement incapable de déshonorer ton nom… et Dieu merci, ceux qui t’ont connu, qui nous ont connu avec toi, m’ont fait confiance et continuent de le faire.
C’est de là que me viennent mes pensées, des mots qui se forment dans le néant de toi. Te retrouver dans une circonstance, une image, un souvenir, une photographie. Suivre ta trace dans le vécu, les conceptions, les valeurs, la musique que tu aimais. Me souvenir d’un détail, d’une anecdote, d’une étreinte, des phrases que tu disais, de tes regards. De la manière dont tu voyais le monde. Regarder des fois avec tes yeux. Repenser à ton sourire. 

Chacun est unique.

Mais toi, tu l’étais encore plus que n’importe qui, une mélange de force et de fragilité, de douceur, de violence, de tendresse, d’indifférence, de présence absolue dans une absence qui pouvait rendre fou. Tu étais imprévu et maniaque à la fois, libre et attaché, sauvage et docile ; tu pouvais être si tendre et si dur parfois. Je te vivais comme un génie que rien n’arrête. Tu m’aimais. Et, chaque jour, cela me bouleversait.

Tu avais un caractère fort, si singulier et si impérieux que personne n’osait t’affronter. Tu disais toujours ce que tu penses, emballé ou pas. Tu étais plus dur avec ceux que tu aimais, plus demandant, plus exigeant. Tes paroles avaient une telle force que tu n’as jamais eu besoin de frapper qui que ce soit… Tu filais droit vers ton but, sans arrière-pensée, sans retenue.
Tous ceux qui t’ont aimé pourraient faire un portrait de toi, mais pour te connaître vraiment, il fallait vivre à tes côtés. Tu ne laissais rien transparaitre de ta vie dehors. Y avait une grosse différence entre dehors et dedans.
Et tu as su nous aimer tous et chacun sans partage, concentration maximale sur nos qualités, nos talents… c’est pour ça que ton souvenir restera toujours une source où aller puiser force et positivisme.
Je parlerai de toi à mes enfants.
Tout le temps.

Tes proches et amis t’appelaient comme ça, Muflor… nous, on t’appelait juste papa, affectueusement… et Helmut, quand tu n’étais pas là, évidemment. Puisqu’à notre époque, on vous affublait de tous les noms du genre, c’était nos codes. Tonton D., on l’avait surnommé Big B. Chez certains amis, c’était pire, leur père avait hérité le surnom de leur chien de garde, Chic Bill. Il ne laissait filtrer aucune entrée ni sortie, même de ses propriétaires.

Le plus rigolo, Muflor, c’est que tu savais, qu’on t’appelait Helmut. Maman dit que tu trouvais ça flatteur. Pour toi, ça renvoyait à une certaine discipline et un certain ordre que tu avais réussi à mettre en place chez toi…

…Personne ne peut savoir à quel instant la mort nous emportera…
Alors vivons pleinement et sainement.

Tu feras toujours partie de ma vie, puisque je suis une partie de toi. Je pense qu’ils l’ont bien compris maintenant. Les gens. Repose en paix !

…Et que tous ceux qui reposent avec toi, là-bas, allez dire à ceux qui s’amusent à vouloir découper la république, qu’ils feraient mieux de réfléchir avant, ils ne savent pas ce qui les attend...
On n’est pas des murs, ni des pierres, ni une idée, ni des choses, mais une population, des personnes vivantes et existantes.



Signé, numéro six

vendredi 5 octobre 2012

Rester dans la continuité !



C’est souvent quand ils nous quittent que nous réalisons qu’on avait dans nos vies des êtres exceptionnels !
Alors on se met à rédiger des oraisons funèbres élogieuses, on se met à vouloir laver leur réputation sans qu’ils nous le demandent – ils sont morts bon sang…
On se met à faire tout ce qu’on aurait dû et qu’on n’a pas fait.
Ça ne les ramènera pas en vie.
Comme dit un refrain bien connu de tous « tout ceci ne vous rendra pas le Congo ! »…

La vie est trop courte et notre monde trop petit pour en faire un champ de bataille.
Et puis, faut savoir choisir ses batailles, celles qui en valent la peine, comme celle qu’elle a menée toute sa vie durant…
Oui, elle.
Cette femme avait quitté son pays, sa famille, sa culture, pour l’aventure.
Une aventure incroyable durant laquelle elle a appris à plusieurs générations de filles et de femmes que leur oui soit oui et leur non, un non véritable. Pas d’à peu près, pas d’écrasements, pas de faux-fuyants, dire oui à une vie et s’y tenir, dire non à la compromission et s’y tenir.
« Que votre oui soit, et votre non, non »…
Je m’en souviendrais !
Elle le scandait les lundis matins, quand elle avait une communication à nous passer ou nous booster pour la semaine ou simplement nous rappeler que nous ne sommes pas comme tout le monde, que nous sommes des personnes exceptionnelles appelées à réussir nos vies parce que nous savons nous battre pour nos choix et donner le meilleur de nous.
Oui, c’est oui. Non, c’est non. Pas de compromissions à ce niveau. À moins d’accepter qu’on se soit trompé, après tout on n’est pas Dieu.

Mlle Françoise de Meyer est un roc, un monument et un modèle pour toutes les filles du LMM - Lycée Motema Mpiko, au cœur vaillant.
C’est pour ça que je n’en parlerais pas au passé.
Elle s’est éteinte certes, mais elle vivra à jamais dans chacune des familles que ces filles et femmes auront réussi à bâtir durant leur périple existentiel.
Et elle restera présente…
J’ai pu lui offrir mon livre après sa publication – Samantha à Kinshasa, rencontrer mes professeurs et nous donner à tous l’occasion d’être fiers les uns des autres, pour mon instruction et mon parcours. J’ai pu à cette occasion animer des ateliers d’écriture avec les filles et faire une émission télévisée où elles se sont exprimées…
Aujourd’hui, je suis riche de nouvelles personnes, qui ne sont pas ma famille ni mes amis mais des personnes avec lesquelles j’ai pu échanger, fortes de la même instruction reçue dans les murs de cette école chère à De Meyer, une belge pas comme Léo.

Nathalie, Katia, Roxane, Thérèse, Nancy, Rosine, Sarah, Archilenne, Déborah, Gaëlle, Henrell, Grâce, Chrystelle, Joëlle, Espérance, Estelle, Brenda, Keren, Tracy, Francine, Rehema, Christelle, Priscille, Roxana, Nathalie, Hillary, Fhrançoyse, bref toute la bande, c’est à vous en particulier que je pense en écrivant ces quelques lignes.
Vous m’avez marquée à vie !
La mémoire nous donne une assise, un socle mental et affectif à partir desquels le présent a un sens, ce qui rend aisée la projection dans le futur… Sans peur. On se permet de rêver.

Motema Mpiko toujours… 

jeudi 23 août 2012

J'ai peur de voir le règne de l’histoire unique s'instaurer !


Depuis que je l’ai lue, Chimamanda Ngozi Adichie, je suis sous son charme. Elle est nigériane, on est né le même jour  à une année d’écart. Une sorte de hasard harmonieux et agréable.
Même si je ne crois pas au hasard des rencontres !

Chimamanda parle du danger de l’histoire unique : « Nos vies et nos cultures sont composées de plusieurs histoires qui se chevauchent. »
Elle raconte son parcours à la recherche de sa voix culturelle authentique, et interpelle contre la méconnaissance dans laquelle nous plongeons lorsque nous nous contentons d'une histoire unique à propos de l'autre, qu'il soit une personne ou un pays…

Mon histoire unique est celle de ma vie professionnelle par exemple, trophées et ratés.
Ce n’est pas assez pour me connaître. Il y a la vie familiale – famille triangulaire puis famille manche longue puis famille fraternelle. Il y a la vie sociale – amis voisins proches. Il y a la vie associative  - communautés tribales ou religieuses ou autres de langue et us et mœurs.
Il y a ceux avec qui je partage les mêmes valeurs, les mêmes combats.
Je suis donc un être pluriel. Comme tout le monde. Je suis plusieurs histoires, comme tout le monde, comme le Congo : paysage illimité où des hommes et des femmes vivaient en harmonie de cueillette, de chasse, de pêche et d’élevage. Paysage devenu propriété, puis colonie, puis état, puis république et aujourd’hui jungle. Ça en fait des histoires !  

« Le danger de l’histoire unique nous guette tous et tout le temps. Il est impossible de parler de l'histoire unique sans évoquer le pouvoir. Comment elles sont narrées, qui les raconte, le moment où elles sont racontées, combien on en raconte, tout cela dépend vraiment du pouvoir.
Avoir ce pouvoir, c'est être capable non seulement de raconter l'histoire d'une autre personne, mais d'en faire l'histoire définitive de cette personne. Le poète palestinien Mourid Barghouti écrit que si l'on veut déposséder un peuple, la façon la plus simple est de raconter son histoire, en commençant par le "deuxièmement". Commencez l'histoire par les flèches des Américains natifs, et non par l'arrivée des Anglais, et vous obtiendrez une histoire complètement différente. Commencez l'histoire par l'échec de tel État africain, et non par la création coloniale de cet État africain, et vous obtiendrez une histoire complètement différente.

… Mais n'insister que sur des histoires négatives de mon vécu ne fait qu'aplatir mon expérience, et ignorer toutes les autres histoires qui m'ont formée. L'histoire unique crée des stéréotypes. Et le problème avec les stéréotypes n'est pas qu'ils sont faux, mais qu'ils sont incomplets. Ils font de l'histoire unique, la seule histoire.
Bien sûr, l'Afrique est un continent plein de catastrophes. Il y en a d'immenses, tels les viols horribles au Congo. Et aussi des déprimantes, comme le fait que 5000 personnes postulent pour un seul poste vacant au Nigéria. Mais il y a aussi d'autres histoires à propos d'autre choses que des catastrophes. Et il est très important, tout aussi important, de les évoquer.

J'ai toujours senti qu'il est impossible d'aborder correctement un lieu ou une personne sans aborder toutes les histoires de ce lieu ou de cette personne. La conséquence de l'histoire unique est celle-ci : elle vole leur dignité aux gens. Elle nous empêche de nous considérer égaux en tant qu'humain. Elle met l'accent sur nos différences plutôt que sur nos ressemblances. (J’en rajoute : elle met l’accent sur nos ratés plutôt que nos trophées !)

De nombreuses histoires sont importantes. Les histoires ont été utilisées pour déposséder et pour calomnier. Mais elles peuvent aussi être utilisées pour renforcer, et pour humaniser. Les histoires peuvent briser la dignité d'un peuple – ou d’un humain. Mais les histoires peuvent aussi réparer cette dignité brisée. » (Chimamanda Adichie Ngozi)

C’est quoi l’histoire plurielle du Congo ? Allez, j’y vais un peu au pif :
1989, disparition des assurances (pérestroïka, chute du mur de Berlin et exécution télédiffusée de Ceausescu)
1990, « comprenez mon émotion »… démocratisation et révision de la constitution de 1967 qui régissait le pays
1991, « lititi mboka » – CNS (conférence nationale souveraine) – pillages – fermeture avec force de la CNS
1992, massacre des chrétiens – réouverture de la CNS
1993, conclave du Palais de la nation d’où sort l’acte constitutionnel harmonisé – pillages
1994, début du génocide à l’Est - acte constitutionnel de la transition qui va régir le pays jusqu’en 1997
1995, je me pose des questions sur mon avenir !
1996, lutte armée pour « libérer » le Congo
1997, « libération du Zaïre » par LDK (l’odyssée triomphante partie de Bukavu le 30 octobre 96, arrive à Kinshasa le 17 mai 1997… La Communauté Internationale appuya l’opération, au nom d’une mythique émergence de « nouveaux leaders africains ». Le tout sur fond des intérêts différents : la lutte contre les Interahamwe pour les Rwandais, la lutte contre l’Unita de Savimbi pour les Angolais, les intérêts miniers au Katanga pour le Zimbabwe, la reconnaissance de la nationalité aux Tutsi pour les Burundais et les Rwandais, et, plus naïvement, la lutte contre la dictature pour une bonne partie de l’opposition congolaise.)
1990-1997, « tâtonnements »… Rien que dans cette première période, notre pays a connu 19 Gouvernements, et 12 nominations de premier ministre pour 8 personnes différentes ! Lunda Bululu(1), Tshikesedi (nommé 4 fois au total), Crispin Mulumba Lukoji (nommé 2 fois), Mungul Diaka (1 fois), Likulia Bolongo (1fois), sans oublier le Secrétaire Général Nzushi à la tête du
Collège des Secrétaires généraux qui furent chargés de gérer les affaires courantes pendant un mois !
1998, « tozangi mwinda solo, tozangi mayi solo, likolo ya ba niangalakata »
1997-2001, règne de LDK (assassiné le 16 janvier 2001)
2001, « désignation » de JK à la tête du pays après assassinat de LDK – royaume ou république ?
2002-2005, gouvernance du « 1+4 » via accord global inclusif puis constitution de la transition promulguée le 5 avril 2003
2006, « premières élections libres et transparentes » au Congo, victoire et premier mandat présidentiel  de JK
2011, élections et deuxième mandat présidentiel JK

Il y aura toujours cette grosse fracture entre l’État et sa société civile… Entre l’histoire qui circule et qui arrange tout le monde et les histoires individuelles de ces populations qui connaissent et vivent des tragédies. Et ça se passe juste là, sous nos yeux. Des gens qui ont un nom, une famille, des proches et des amis. Des lieux que nous avons parcourus, habités et d’où nous avons déménagé.

C’est quoi l’histoire unique du Congo ? Un scandale géologique. C’est quoi l’histoire unique du Rwanda ? Un génocide. C’est quoi l’histoire unique des populations civiles ? Le règne de la victimisation.
Et si on essayait de faire et de penser autrement ?
Et si les plus de 60 millions de têtes que nous sommes, arrêtions une fois de compter sur les autres… ? Ils n’en ont rien à faire de ce qui nous arrive, ce ne sont pas leurs mères et leurs sœurs qu’on viole… Si c’était le cas, on le saurait, on le verrait, ce serait comme dans leurs films : un commando spécial s’en ira en guerre contre un autre état à cause d’un seul de ses ressortissants, bravant le protocole et toute autre invention du genre !
« Tabalayi ! »
Les USA ont coupé leur aide… blablabla… la Suède a…blablabla… La Grande-Bretagne a… Les pays de la SADEC ont… et nous-mêmes, qu’est-ce qu’on a fait, qu’est-ce qu’on fait ?
Ce qui est sûr, c’est que ça ne viendra jamais des autres. 

Ah oui, la carte ? Elle circule sur le net... 

mercredi 18 juillet 2012

… Comprendre ce qui se passe réellement entre Joseph et Paul !


Ils ont décidé la création d’une force internationale neutre à la frontière… ???
Analysons le sens de cette phrase. Ça va faire 20 ans, depuis 1992 et le démarrage du processus de démocratisation, que la politique a prouvé son incapacité à nous faire vivre ensemble en bon voisinage… Alors cette force, serait-elle réellement « neutre » ???
Ah, ça veut peut-être dire qu’elle sera composée de chinois, jamaïcains, russes, malgaches, etc., question de respecter les mots clés, pour moi, internationale et neutre… sauf que… ça ressemble drôlement à la… Monuc et/ou Monusco… oui, non ??? Donc pas besoin de créer ce qui existe déjà… On n’est pas en train de se faire tourner en bourriques ???
Ils nous mènent un peu en bateau, on dirait. Je sors, dans ces pages, de mes réticences, pour parler de ces deux-là, de leur ping-pong et de nous au milieu, puisqu’on est là.
J’apprends à connaître l’amour, ses exigences, ses preuves et épreuves dans ma vie. L’amour…  Est-ce que aimez aussi ce bout de terre qui vous a donné la tonalité de votre nom, que vous soyez américain, canadien, belge, suisse ou chypriote… alors, aimez-vous ce bout de terre devenue passoire ?
Le but ce n’est pas de déterminer qui, de Joseph ou de Paul, a raison, qui a tort, je suis pour lui et contre l’autre, non. C’est tellement facile de dire qui a commencé et ça ne résout pas grand-chose. Faut juste arrêter de jouer au caïd ou à la victime, ça devient pathétique à la longue, et commencer sérieusement à se questionner autrement. Sortir un peu du syndrome de la victimisation dans la région des grands lacs, même si ça (se) vend bien !
Le but, pour moi, c’est que les personnes et les endroits que nous connaissons, que nous aimons, ne disparaissent pas et que nous puissions les maintenir en vie.
Nos quartiers, nos cousins, nos amies, leurs enfants – nos nièces, nos oncles, nos professeurs, nos écoles, nos voisins. Avec nos « Western Union et Money Gram » certes, mais maintenant aussi avec nos voix, nos prises de parole et de position. Se taire des fois c’est bien, mais dans ce cas-ci ça nous dessert énormément. On s’est tu pendant tellement longtemps. Ce serait bien que ceux qui ont des choses à dire s’y mettent, je vous donne l’espace…
C’est cela le but !

Demain, quand on ne sera plus là, vous pouvez vous targuer d’avoir laissé, en dehors de votre progéniture, vos idées, vos mots et surtout pas le silence…
Donc, présentement, que vous soyez pour ou contre, ce n’est pas ça le plus important.
Le plus urgent c’est qu’est-ce que je fais pour que ma mère au pays garde le sourire et pense à ma conception comme l’une des plus belles choses qui lui soient arrivées dans sa vie ? Qu’est-ce que je fais pour m’impliquer dans le sourire d’un enfant orphelin à cause de ces connards de M23 et FARDC qui ont tué et violé sa mère pour rien ? Est-ce que je sais c’est quoi ce M23 ? Est-ce qu’il m’arrive de m’informer sur toutes ces choses qui se trament dans les Kivu au Congo ? On ne peut pas se permettre de démissionner à chaque fois, « ce n’est pas moi, c’est les autres »… ou juste de prier et d’attendre que les choses se fassent d’elles-mêmes… ou pire, sortir des phrases du genre « c’est foutu ce pays, il ne se relèvera plus jamais »… et s’étonner qu’il reste par terre, le pays !
Nous voulons l’accomplissement sans le processus. Ce n’est pas possible. Il faut accepter de l’expérimenter, ce processus, même dans le privé… au moins une fois dans sa vie !
Dans mon entendement du processus, je vois le fait de changer de langage, je vois le fait de chercher à s’informer, je vois le fait de vouloir s’impliquer. Plein de petites choses font des grandes, quand on veut vraiment. Les intentions comptent. Vous savez, y a des choses qu’on se refuse de dire sur nous-mêmes ou nos enfants ou nos proches parce que nous pensons que la parole a un pouvoir, n’est-ce pas ? Alors pourquoi on le dit sur ce bout de terre ? Si on est content de notre nouvelle nationalité dans nos différents pays d’accueil et qu’on est bien là où on se trouve, taisons-nous sur le Congo au risque de dire ce genre de phrase qu’il n’en sortira jamais rien de bon…  
Ceux qui disent, en refrain, jour et nuit, des fois à l’occasion de rien « Dieu bénisse l’Amérique », savent très bien de quoi ils parlent et leur pays est un grand État et a tous les dehors d’une grande Nation…
Joseph et Paul jouent à un jeu et ça met le feu. Si vous faites partie des privilégiés qui les rencontrent chaque fois que vous en avez envie, dites-leur s’il vous plait que ça commence à bien faire. Paul, on ne va pas gober tout un cinquantenaire l’excuse que vos morts sont plus nombreux que les nôtres. Joseph, on ne va pas à chaque fois excuser la lâcheté de tes militaires que tu es conscient de payer des peanuts… Y a pas comme une honte et un non-sens à dire à chaque fois que c’est eux qui ont commencé et nous ont envahis…? Mais merde, on fait quelle superficie et on est combien, et eux ils sont combien ? Qui peut envahir qui ? La logique et le réalisme, des fois, empêchent qu’on nous prenne au sérieux, il suffit de regarder la carte de l’Afrique des Grands lacs…
Oui, je nomme parce que je trouve cela thérapeutique, être capable de nommer sa douleur, son questionnement, sa peur, son énervement, sa colère, son doute, sa joie et être entendue dans ce sens, sans faire d’amalgames, de recoupements et de liens inutiles. Juste être entendue, écoutée. On est dans le présent et on rêve de vivre dans le futur, des avancées dans le passé n’existent pas. Le « Quincy Jones français », Jean-Jacques Goldman a écrit deux chansons que j’adore écouter l’une à la suite de l’autre : « Né en 17 à Leindenstadt » et « À nos actes manqués », … écoutez-les svp avant de continuer la lecture de ce post…

C’est fait ?
Bon. Saviez-vous qu’on peut, dans un petit exercice, changer le titre et rajouter des couplets à ces chansons de Goldman pour essayer de se mettre un peu à la place des autres ? Né en 94 à Kigali… né en 95 à Srebrenica… né en 96 à Bukavu-Kisangani- Masisi- Rutshuru…
Le processus, c’est beaucoup de choses c’est vrai. Procédons par élimination, puisqu’on ne peut pas revenir sur les élections et leur issue… Alors, partons de là où on se trouve. Processus, pour moi, c’est une armée organisée avec des militaires payés et motivés. Processus, pour moi, c’est une population prise en charge, écoutée, considérée, c’est des frontières protégées, c’est des voisins respectueux. Processus, c’est sortir de la loi du silence. Processus, c’est vivre et assumer nos amitiés en public…
De quoi sont faites nos conversations ? Notre réussite professionnelle, notre nouvelle maison, nos enfants étalés en photo sur FB ou notre prochaine destination vacances ? Le prochain concert de Fally Ipupa, les soldes d’été chez Louis Vuitton ou la nouvelle maitresse du président du Sénat ?
C’est quoi le M23 ? Qui le compose ? Pourquoi ce coin de la république est-il truffé d’autant d’emmerdeurs ?  
Il parait qu’ils veulent se mettre en route pour Kinshasa, et refaire l’exploit de Laurent-Désiré Kabila de 1997 mais tous seuls sans un congolais comme mascotte. En espérant que les 60 millions de congolais vont se taire et se laisser faire comme d’hab.
Pourquoi ? Ben, parce que…
Il parait que pour eux, on sera toujours un peuple obnubilé en priorité par la BMW – beer / music / woman.
Il parait que ça fait déjà un moment que le M23 fout la pagaille et a pour base et QG le parc Virunga.
Il parait que quelques-uns ont été ramenés à leur patrie mais que Paul n’en veut pas, il ne les reconnait pas comme ses brebis.
Il parait que si ça continue comme ça, la RDC perdra les Kivu – si ce n’est pas déjà le cas.
Il parait qu’ils ont eu ce qu’ils voulaient – force internationale neutre...hum…
Il parait qu’un mur, ce serait plus pratique, copie conforme de celui de Berlin et ce n’est pas le matériau qui manque… à ce moment, la force internationale neutre aura mission de maintenir le non-accès au mur et de tirer à vue…
Il parait tellement de choses !

Dans tout ça, une question me revient sans cesse : De qui se fout-on au juste ?
Ne pourrions-nous pas, un jour, nous aussi, fêter les 94 ans d’un ancien président vivant au lieu de collectionner des héros nationaux morts sans jamais avoir vu ou reniflé au millimètre la réalisation de leur engagement et combat ?
« Debout Congolais, unis par le sort, unis dans l’effort pour l’indépendance
… dans la paix retrouvée, peuple grand, peuple libre à jamais… autour d’un fleuve majesté… nous peuplerons ton sol et nous assurerons ta grandeur… en avant, fier et plein de dignité… paix, justice et travail ! »

La parole à d’autres !
Et si vous avez une photo, envoyez-la moi pour ce post, moi je n'en ai pas...

mardi 3 juillet 2012

La dernière lettre de Patrice...


J'y ai pensé ce 30 juin, jour de la fête de l'indépendance du Congo... J'y ai pensé aussi à l'occasion de la fête canadienne le 1er juillet... Je continue d'y penser et je me questionne...
 

Ma compagne chérie,



Je t’écris ces mots sans savoir s’ils te parviendront, quand ils te parviendront et si je serai en vie lorsque tu les liras. Tout au long de ma lutte pour l’indépendance de mon pays, je n’ai jamais douté un seul instant du triomphe final de la cause sacrée à laquelle mes compagnons et moi avons consacré toute notre vie. Mais ce que nous voulions pour notre pays, son droit à une vie honorable, à une dignité sans tache, à une indépendance sans restrictions, le colonialisme belge et ses alliés occidentaux – qui ont trouvé des soutiens directs et indirects, délibérés et non délibérés, parmi certains hauts fonctionnaires des Nations-unies, cet organisme en qui nous avons placé toute notre confiance lorsque nous avons fait appel à son assistance – ne l’ont jamais voulu. Ils ont corrompu certains de nos compatriotes, ils ont contribué à déformer la vérité et à souiller notre indépendance.


Que pourrai-je dire d’autre ?


Que mort, vivant, libre ou en prison sur ordre des colonialistes, ce n’est pas ma personne qui compte. C’est le Congo, c’est notre pauvre peuple dont on a transformé l’indépendance en une cage d’où l’on nous regarde du dehors, tantôt avec cette compassion bénévole, tantôt avec joie et plaisir. Mais ma foi restera inébranlable. Je sais et je sens au fond de moi-même que tôt ou tard mon peuple se débarrassera de tous ses ennemis intérieurs et extérieurs, qu’il se lèvera comme un seul homme pour dire non au capitalisme dégradant et honteux, et pour reprendre sa dignité sous un soleil pur.


Nous ne sommes pas seuls. L'Afrique, l’Asie et les peuples libres et libérés de tous les coins du monde se trouveront toujours aux côtés de millions de congolais qui n’abandonneront la lutte que le jour où il n’y aura plus de colonisateurs et leurs mercenaires dans notre pays.

A mes enfants que je laisse, et que peut-être je ne reverrai plus, je veux qu’on dise que l’avenir du Congo est beau et qu’il attend d’eux, comme il attend de chaque Congolais, d’accomplir la tâche sacrée de la reconstruction de notre indépendance et de notre souveraineté, car sans dignité il n’y a pas de liberté, sans justice il n’y a pas de dignité, et sans indépendance il n’y a pas d’hommes libres.


Ni brutalités, ni sévices, ni tortures ne m’ont jamais amené à demander la grâce, car je préfère mourir la tête haute, la foi inébranlable et la confiance profonde dans la destinée de mon pays, plutôt que vivre dans la soumission et le mépris des principes sacrés. L’histoire dira un jour son mot, mais ce ne sera pas l’histoire qu’on enseignera à Bruxelles, Washington, Paris ou aux Nations Unies, mais celle qu’on enseignera dans les pays affranchis du colonialisme et de ses fantoches. L’Afrique écrira sa propre histoire et elle sera au nord et au sud du Sahara une histoire de gloire et de dignité.

Ne me pleure pas, ma compagne. Moi je sais que mon pays, qui souffre tant, saura défendre son indépendance et sa liberté.



Vive le Congo ! Vive l’Afrique ! 


Patrice Lumumba