mercredi 18 juillet 2012

… Comprendre ce qui se passe réellement entre Joseph et Paul !


Ils ont décidé la création d’une force internationale neutre à la frontière… ???
Analysons le sens de cette phrase. Ça va faire 20 ans, depuis 1992 et le démarrage du processus de démocratisation, que la politique a prouvé son incapacité à nous faire vivre ensemble en bon voisinage… Alors cette force, serait-elle réellement « neutre » ???
Ah, ça veut peut-être dire qu’elle sera composée de chinois, jamaïcains, russes, malgaches, etc., question de respecter les mots clés, pour moi, internationale et neutre… sauf que… ça ressemble drôlement à la… Monuc et/ou Monusco… oui, non ??? Donc pas besoin de créer ce qui existe déjà… On n’est pas en train de se faire tourner en bourriques ???
Ils nous mènent un peu en bateau, on dirait. Je sors, dans ces pages, de mes réticences, pour parler de ces deux-là, de leur ping-pong et de nous au milieu, puisqu’on est là.
J’apprends à connaître l’amour, ses exigences, ses preuves et épreuves dans ma vie. L’amour…  Est-ce que aimez aussi ce bout de terre qui vous a donné la tonalité de votre nom, que vous soyez américain, canadien, belge, suisse ou chypriote… alors, aimez-vous ce bout de terre devenue passoire ?
Le but ce n’est pas de déterminer qui, de Joseph ou de Paul, a raison, qui a tort, je suis pour lui et contre l’autre, non. C’est tellement facile de dire qui a commencé et ça ne résout pas grand-chose. Faut juste arrêter de jouer au caïd ou à la victime, ça devient pathétique à la longue, et commencer sérieusement à se questionner autrement. Sortir un peu du syndrome de la victimisation dans la région des grands lacs, même si ça (se) vend bien !
Le but, pour moi, c’est que les personnes et les endroits que nous connaissons, que nous aimons, ne disparaissent pas et que nous puissions les maintenir en vie.
Nos quartiers, nos cousins, nos amies, leurs enfants – nos nièces, nos oncles, nos professeurs, nos écoles, nos voisins. Avec nos « Western Union et Money Gram » certes, mais maintenant aussi avec nos voix, nos prises de parole et de position. Se taire des fois c’est bien, mais dans ce cas-ci ça nous dessert énormément. On s’est tu pendant tellement longtemps. Ce serait bien que ceux qui ont des choses à dire s’y mettent, je vous donne l’espace…
C’est cela le but !

Demain, quand on ne sera plus là, vous pouvez vous targuer d’avoir laissé, en dehors de votre progéniture, vos idées, vos mots et surtout pas le silence…
Donc, présentement, que vous soyez pour ou contre, ce n’est pas ça le plus important.
Le plus urgent c’est qu’est-ce que je fais pour que ma mère au pays garde le sourire et pense à ma conception comme l’une des plus belles choses qui lui soient arrivées dans sa vie ? Qu’est-ce que je fais pour m’impliquer dans le sourire d’un enfant orphelin à cause de ces connards de M23 et FARDC qui ont tué et violé sa mère pour rien ? Est-ce que je sais c’est quoi ce M23 ? Est-ce qu’il m’arrive de m’informer sur toutes ces choses qui se trament dans les Kivu au Congo ? On ne peut pas se permettre de démissionner à chaque fois, « ce n’est pas moi, c’est les autres »… ou juste de prier et d’attendre que les choses se fassent d’elles-mêmes… ou pire, sortir des phrases du genre « c’est foutu ce pays, il ne se relèvera plus jamais »… et s’étonner qu’il reste par terre, le pays !
Nous voulons l’accomplissement sans le processus. Ce n’est pas possible. Il faut accepter de l’expérimenter, ce processus, même dans le privé… au moins une fois dans sa vie !
Dans mon entendement du processus, je vois le fait de changer de langage, je vois le fait de chercher à s’informer, je vois le fait de vouloir s’impliquer. Plein de petites choses font des grandes, quand on veut vraiment. Les intentions comptent. Vous savez, y a des choses qu’on se refuse de dire sur nous-mêmes ou nos enfants ou nos proches parce que nous pensons que la parole a un pouvoir, n’est-ce pas ? Alors pourquoi on le dit sur ce bout de terre ? Si on est content de notre nouvelle nationalité dans nos différents pays d’accueil et qu’on est bien là où on se trouve, taisons-nous sur le Congo au risque de dire ce genre de phrase qu’il n’en sortira jamais rien de bon…  
Ceux qui disent, en refrain, jour et nuit, des fois à l’occasion de rien « Dieu bénisse l’Amérique », savent très bien de quoi ils parlent et leur pays est un grand État et a tous les dehors d’une grande Nation…
Joseph et Paul jouent à un jeu et ça met le feu. Si vous faites partie des privilégiés qui les rencontrent chaque fois que vous en avez envie, dites-leur s’il vous plait que ça commence à bien faire. Paul, on ne va pas gober tout un cinquantenaire l’excuse que vos morts sont plus nombreux que les nôtres. Joseph, on ne va pas à chaque fois excuser la lâcheté de tes militaires que tu es conscient de payer des peanuts… Y a pas comme une honte et un non-sens à dire à chaque fois que c’est eux qui ont commencé et nous ont envahis…? Mais merde, on fait quelle superficie et on est combien, et eux ils sont combien ? Qui peut envahir qui ? La logique et le réalisme, des fois, empêchent qu’on nous prenne au sérieux, il suffit de regarder la carte de l’Afrique des Grands lacs…
Oui, je nomme parce que je trouve cela thérapeutique, être capable de nommer sa douleur, son questionnement, sa peur, son énervement, sa colère, son doute, sa joie et être entendue dans ce sens, sans faire d’amalgames, de recoupements et de liens inutiles. Juste être entendue, écoutée. On est dans le présent et on rêve de vivre dans le futur, des avancées dans le passé n’existent pas. Le « Quincy Jones français », Jean-Jacques Goldman a écrit deux chansons que j’adore écouter l’une à la suite de l’autre : « Né en 17 à Leindenstadt » et « À nos actes manqués », … écoutez-les svp avant de continuer la lecture de ce post…

C’est fait ?
Bon. Saviez-vous qu’on peut, dans un petit exercice, changer le titre et rajouter des couplets à ces chansons de Goldman pour essayer de se mettre un peu à la place des autres ? Né en 94 à Kigali… né en 95 à Srebrenica… né en 96 à Bukavu-Kisangani- Masisi- Rutshuru…
Le processus, c’est beaucoup de choses c’est vrai. Procédons par élimination, puisqu’on ne peut pas revenir sur les élections et leur issue… Alors, partons de là où on se trouve. Processus, pour moi, c’est une armée organisée avec des militaires payés et motivés. Processus, pour moi, c’est une population prise en charge, écoutée, considérée, c’est des frontières protégées, c’est des voisins respectueux. Processus, c’est sortir de la loi du silence. Processus, c’est vivre et assumer nos amitiés en public…
De quoi sont faites nos conversations ? Notre réussite professionnelle, notre nouvelle maison, nos enfants étalés en photo sur FB ou notre prochaine destination vacances ? Le prochain concert de Fally Ipupa, les soldes d’été chez Louis Vuitton ou la nouvelle maitresse du président du Sénat ?
C’est quoi le M23 ? Qui le compose ? Pourquoi ce coin de la république est-il truffé d’autant d’emmerdeurs ?  
Il parait qu’ils veulent se mettre en route pour Kinshasa, et refaire l’exploit de Laurent-Désiré Kabila de 1997 mais tous seuls sans un congolais comme mascotte. En espérant que les 60 millions de congolais vont se taire et se laisser faire comme d’hab.
Pourquoi ? Ben, parce que…
Il parait que pour eux, on sera toujours un peuple obnubilé en priorité par la BMW – beer / music / woman.
Il parait que ça fait déjà un moment que le M23 fout la pagaille et a pour base et QG le parc Virunga.
Il parait que quelques-uns ont été ramenés à leur patrie mais que Paul n’en veut pas, il ne les reconnait pas comme ses brebis.
Il parait que si ça continue comme ça, la RDC perdra les Kivu – si ce n’est pas déjà le cas.
Il parait qu’ils ont eu ce qu’ils voulaient – force internationale neutre...hum…
Il parait qu’un mur, ce serait plus pratique, copie conforme de celui de Berlin et ce n’est pas le matériau qui manque… à ce moment, la force internationale neutre aura mission de maintenir le non-accès au mur et de tirer à vue…
Il parait tellement de choses !

Dans tout ça, une question me revient sans cesse : De qui se fout-on au juste ?
Ne pourrions-nous pas, un jour, nous aussi, fêter les 94 ans d’un ancien président vivant au lieu de collectionner des héros nationaux morts sans jamais avoir vu ou reniflé au millimètre la réalisation de leur engagement et combat ?
« Debout Congolais, unis par le sort, unis dans l’effort pour l’indépendance
… dans la paix retrouvée, peuple grand, peuple libre à jamais… autour d’un fleuve majesté… nous peuplerons ton sol et nous assurerons ta grandeur… en avant, fier et plein de dignité… paix, justice et travail ! »

La parole à d’autres !
Et si vous avez une photo, envoyez-la moi pour ce post, moi je n'en ai pas...

mardi 3 juillet 2012

La dernière lettre de Patrice...


J'y ai pensé ce 30 juin, jour de la fête de l'indépendance du Congo... J'y ai pensé aussi à l'occasion de la fête canadienne le 1er juillet... Je continue d'y penser et je me questionne...
 

Ma compagne chérie,



Je t’écris ces mots sans savoir s’ils te parviendront, quand ils te parviendront et si je serai en vie lorsque tu les liras. Tout au long de ma lutte pour l’indépendance de mon pays, je n’ai jamais douté un seul instant du triomphe final de la cause sacrée à laquelle mes compagnons et moi avons consacré toute notre vie. Mais ce que nous voulions pour notre pays, son droit à une vie honorable, à une dignité sans tache, à une indépendance sans restrictions, le colonialisme belge et ses alliés occidentaux – qui ont trouvé des soutiens directs et indirects, délibérés et non délibérés, parmi certains hauts fonctionnaires des Nations-unies, cet organisme en qui nous avons placé toute notre confiance lorsque nous avons fait appel à son assistance – ne l’ont jamais voulu. Ils ont corrompu certains de nos compatriotes, ils ont contribué à déformer la vérité et à souiller notre indépendance.


Que pourrai-je dire d’autre ?


Que mort, vivant, libre ou en prison sur ordre des colonialistes, ce n’est pas ma personne qui compte. C’est le Congo, c’est notre pauvre peuple dont on a transformé l’indépendance en une cage d’où l’on nous regarde du dehors, tantôt avec cette compassion bénévole, tantôt avec joie et plaisir. Mais ma foi restera inébranlable. Je sais et je sens au fond de moi-même que tôt ou tard mon peuple se débarrassera de tous ses ennemis intérieurs et extérieurs, qu’il se lèvera comme un seul homme pour dire non au capitalisme dégradant et honteux, et pour reprendre sa dignité sous un soleil pur.


Nous ne sommes pas seuls. L'Afrique, l’Asie et les peuples libres et libérés de tous les coins du monde se trouveront toujours aux côtés de millions de congolais qui n’abandonneront la lutte que le jour où il n’y aura plus de colonisateurs et leurs mercenaires dans notre pays.

A mes enfants que je laisse, et que peut-être je ne reverrai plus, je veux qu’on dise que l’avenir du Congo est beau et qu’il attend d’eux, comme il attend de chaque Congolais, d’accomplir la tâche sacrée de la reconstruction de notre indépendance et de notre souveraineté, car sans dignité il n’y a pas de liberté, sans justice il n’y a pas de dignité, et sans indépendance il n’y a pas d’hommes libres.


Ni brutalités, ni sévices, ni tortures ne m’ont jamais amené à demander la grâce, car je préfère mourir la tête haute, la foi inébranlable et la confiance profonde dans la destinée de mon pays, plutôt que vivre dans la soumission et le mépris des principes sacrés. L’histoire dira un jour son mot, mais ce ne sera pas l’histoire qu’on enseignera à Bruxelles, Washington, Paris ou aux Nations Unies, mais celle qu’on enseignera dans les pays affranchis du colonialisme et de ses fantoches. L’Afrique écrira sa propre histoire et elle sera au nord et au sud du Sahara une histoire de gloire et de dignité.

Ne me pleure pas, ma compagne. Moi je sais que mon pays, qui souffre tant, saura défendre son indépendance et sa liberté.



Vive le Congo ! Vive l’Afrique ! 


Patrice Lumumba