mercredi 17 avril 2013

… To understand who I am and what am I doing here!



Je suis allée voir Oprah au centre Bell… Je n'ai pas pu lui serrer la main...
Assise aux côtés de mon amie Audy, on était prête à rire de toutes ces femmes hystériques qui criaient « Oprah je t’aime » ou qui hurlaient dès qu’elle disait quelque chose ou même qui pleuraient avant qu’elle n’entre en scène.
J’avoue que je ne regarde pas la chaine OWN – Oprah Winfrey Network, mais j’en ai entendu parler. Et donc bien callées dans nos sièges, on attendait, Audy et moi, un petit peu du « foirage » quoi – expression francisée du lingala et de bien de langues urbaines ou même du « verlan »… du bof quoi !

Déjà, je l’ai trouvée classe dans son habillement. Ça compte je vous dis pour capter l’attention, sinon on n’aurait pas inventé la tenue de ville pour les employées et employés, surtout pour ceux qui sont au service à la clientèle... Donc, elle était habillée classe. Grande jupe verte, chemisier blanc, ceinture jaune et des chaussures talons avec les trois couleurs… Bon j’aurais bien aimé l’admirer dans ses cheveux naturels. Faut dire que depuis que j’ai regardé « Good Hair » avec Chris Rock, je me dis que les leaders et personnalités noires féminines (et il y en a tout un paquet en commençant par Michelle Obama) devraient porter fièrement leurs traits identitaires, comme leurs cheveux, on entendrait moins ces réflexions à deux balles style « c’est dur d’être une femme noire », mais bon c’est un autre débat, une autre histoire… celle de « Moi et mon cheveu » quoi !

Donc malgré mon anglais basic, au centre Bell jeudi dernier, je me suis prise tour à tour à rigoler, acquiescer, denier, bref à participer au show d’Oprah.
Elle a dit avec force et résonnance: « You, and yourself, must teach people how to treat you! »
Oh que je suis d’accord ! Ton respect, tu te l’appropries.
Elle a raconté une histoire. Je vais essayer de la faire court et à ma manière : Un jour, une amie l’appelle à la dernière minute pour qu’elle garde ses enfants, elle se dit que l’autre est sûrement très mal prise, il s’agit d’enfants… bon, ok elle dit oui. Puis un autre jour, la même copine appelle, encore à la dernière minute, et même « bagaille » - entendez même scénario : les enfants, blablabla.
Comme c’est une grande gueule reconnue, elle lui demande pourquoi elle s’y prend encore à la dernière minute avec elle et surtout pourquoi c’est à elle, Oprah, qu’elle demande ce « service » un peu à la hâte. Réponse : « mais tu as dit oui la dernière fois… et parce que tu avais dit oui la dernière fois… »
Vous voyez l’origine du « foutage » de gueule ? C’est là, à cet endroit précis ! Pour certaines gens, pourtant bien gentilles et sociales, mais moulées dans leur éducation, parcours, expériences, valeurs, connaissances, que sais-je… quand vous leur avez dit oui une fois, elles comprennent que c’est oui toutes les fois. C’est à ce genre de personnage qu’Oprah avait affaire. Eh ben elle l’a envoyée paitre avec ses enfants… « Elle n’aurait qu’à se payer une gardienne tiens ! » qu’elle a lancé…

Ton respect, tu te l’appropries. On ne te le donnera pas, « on » étant un pronom malhonnête derrière lequel se cache tellement de monde.
Revenons un peu en arrière. Quand elle est arrivée sur scène, elle a surtout commencé avec le qui es-tu et le pourquoi tu es là. Elle se moquait d’elle-même et du fait d’être à Montréal. « From Mississipi to Montreal »…

 
Eh oui, on vient toujours de quelque part et on s’en va toujours quelque part, le challenge étant de ne pas rester statique, immobile, stagnant. En s’appuyant sur le quartier, je pourrais dire de La botte (Bukavu) ou de la cité de Bandal (Kinshasa) à Notre Dame de Grâce (Montréal)… en termes de villes, ça donnerait de Kinshasa à Montréal… avec des arrêts et allers retours à Paris, Montpellier, Lyon, Avignon, Les Pilles, Bruxelles, Namur, Limoges, Mons, Rio, Berlin, Marseille, Niterói, Antananarivo, Johannesburg, Los Angeles, San Francisco, Douala, Yaoundé, Lomé, Dakar, Niamey, Bamako, Libreville, Brazzaville, Pointe-Noire, Minneapolis, Seattle, Philadelphie, New-York, Toronto, Ottawa, Gatineau, Sherbrooke, Québec, Berne, Amsterdam, Genève, Fribourg, Beyrouth, Abidjan, Cotonou, Anvers… des transits à Aman, Nairobi, Maurice, Le Caire, Addis-Abeba… et j’en ai oublié d’autres.

Un de mes dessins animés préférés était « le tour du monde en 80 jours »…
… One life.
Je suis une voyageuse, de par ma naissance, ma culture, mon éducation. La culture nord-américaine aime ce genre de détails tandis que la culture européenne et africaine te case dans la prétention. Et le « on » dira : c’est une prétentieuse ! Comme Oprah. Alors, oui, je le suis. Même si dans mon entendement la prétention met l’accent sur ce que l’on a et non ce que l’on est. Bill Gates n’est pas prétentieux, il EST milliardaire. Barack n’est pas prétentieux, il EST le premier président noir des États-Unis d’Amérique. Zepta, un petit gars de 4 ans, beau comme un dieu et qui fait office de mon prof d’anglais, quand il fait le malin et qu’il se fait engueuler, il dit : « It’s not true, I’m just pretending ! »
C’est là que je comprends mieux le mot en français. Parce que Zepta dit : je prétends juste être ce que je ne suis pas. En quoi Barack ou Bill sont « prétentieux » ? Ne sont-ils pas « réellement » président de la première puissance mondiale pour l’un et l’homme le plus riche du monde jusqu’à y a pas longtemps pour l’autre ? N’ai-je pas « réellement » été là où je suis allée en voyage ?

Les nord-américains disent ce qu’ils sont, ce qu’ils ont réalisé. Professionnellement, on s’entend. 
Et c’est une très bonne façon de faire.