mardi 16 décembre 2014

Plus dans le partage de ce texte de Sandrine Umutoni…

Un petit mot avant : mes excuses pour ces deux mois de silence !
Je vivais intensément, et ce texte est une des raisons qui m’ont bien occupée ces temps-ci.
Mais la question demeure : entre fidélité au dessin parental et construction d’une personnalité autonome, quelle figure de nouveauté avons-nous inventée ?
 
Dans mes animations d’ateliers d’écriture sur la Mémoire, je travaille sur hier (je me souviens), aujourd’hui (il parait) et demain (je rêve). Et à l’espace Madiba de l’organisme Ishyo Arts tenu par Carole Karemera qui m’invitait à Kigali, on a abondamment écrit et les textes sont en train d’être orchestrés. Ce texte de Sandrine est un aperçu de nos 6 jours intenses et de nos 4h de rencontre par jour !
J’aurais tendance à lire ses extraits de Sandrine en commençant par Je rêve, c’est mon morceau préféré.
Eh oui, on a bossé, bossé.
La preuve…
 
 
Texte de Sandrine :
Je me souviens de ce matin-là, j’étais en route pour aller au marché. Et comme toutes les semaines, je passais devant cette maisonnette dont le portail n’était jamais fermé. De ce portail entrouvert, je voyais souvent cette même femme d’un certain âge, assise devant la table. Parfois écrivant, lisant, ou tricotant.
Ce matin- là, elle semblait figée, le regard dans le vide comme si la présence de cet homme n’existait pas. Cet homme avait le visage transformé par la colère et semblait déverser toute sa haine sur elle.
J’étais à mon tour figée par cette scène. Je ne comprenais pas pourquoi elle restait là, pourquoi elle ne bougeait pas.
Elle semblait regarder dans ma direction mais à mon tour, elle ne me voyait pas… Je remarquais alors que son regard maintenant figé sur moi n’était plus le seul. L’homme à son tour regardait dans ma direction. Son regard haineux me fit reculer d’un pas.
Je ne comprenais pas comment une telle situation pouvait se prolonger autant de temps entre deux individus.
Savait-elle ce dont il serait capable ? Choisissait-elle de rester par peur d’un lendemain dans la solitude ? Peur de l’abandonner à ses propres démons, qui finiraient alors par l’engloutir tout entier ?
Choisissait-elle cet homme, si tourmenté, sachant qu’il pourrait l’entraîner elle aussi dans sa spirale ? Que cette descente aux enfers serait lente, et tortueuse… et longue ?
Mon regard restait glué au sien, son regard au mien, et le sien… toujours dans le vide…
 
Il paraît que les hommes n’aiment jamais vraiment les femmes. Ils disent que celles-ci sont pleines de manigances et qu’elles ne montrent jamais leur vrai visage.
Il paraît que certaines femmes peuvent vivre toute une vie avec un homme alors qu’elles en aiment un autre. Qu’elles se lèvent tous les matins pour prendre soin de leur famille alors que quelque part dans leur tête, elles se lèvent se demandant ce qui aurait pu, ce qui aurait dû…
Il paraît que dans ma culture une femme est mal vue si elle vit haut et fort, et n’a pas peur de montrer ce qui la fait vibrer…
Il paraît que nous sommes perpétuellement condamnés à refaire les mêmes erreurs.
Il paraît que la religion est l’unique moyen d’accéder au paradis, et que celui qui ne croit pas en Dieu est perdu.
Il paraît que le conflit des générations est tout à fait naturel et qu’il permet aux deux côtés de s’affirmer toujours un peu plus.
Il paraît que nos enfants portent nos souffrances et nos douleurs même s’ils n’en connaissent pas l’origine, ni l’étendue.
Il paraît que certains ont droit à plusieurs vies alors que d’autres ne savent que faire de la leur.
Il paraît que l’appel de notre terre est plus fort que tout. Qu’il transcende les générations et les distances pour nous ramener vers nos origines.
Il paraît que nous avons tous un destin tout tracé et que chercher à le fuir ne nous rapproche de ce destin qu’encore plus…
 
« Tout s’est passé si vite ! » disent-ils.
Ils disent qu’ils ont entendu l’explosion au loin et qu’en quelques minutes, la folie s’est déferlée sur nos paisibles mille collines...
Pourtant ceux qui étaient là et ont vu leurs vies réduites à néant raconteront l’histoire autrement. Ils nous disent que l’atmosphère lourde et tendue des jours précédents n’avait rien à voir avec cette saison des pluies. Mais que comme celle-ci, le tonnerre avait grondé et la foudre était tombée sur bien plus que des arbres…
Me souvenir d’une période que je n’ai pas vécue, pas compris, car j’étais trop loin, trop jeune, est pourtant une nécessité. Que dis-je ?! Un sentiment envoûtant, harcelant qui me hante comme si la personne que je suis aujourd’hui sera toujours incomplète car une partie de moi-même est morte ce fichu mois d’avril…
Alors pour que les enfants du futur n’aient jamais à (sur)vivre nos peines je rêve…
Je rêve d’un monde où l’idiotie humaine sera reconnue comme telle, et non plus se camoufler sous des théories nationalistes, ethniques, voire sociologiques et anthropologiques.
Je rêve d’un monde où les parents seraient tenus responsables devant la loi pour avoir appris à leur enfant à se méfier d’un autre pour la simple raison que son pays d’origine ou sa religion diffèrerait des leurs.
Je rêve d’un monde où les enfants seraient encouragés à découvrir les autres cultures. Que cette curiosité culturelle serait applaudie et mise en avant comme moteur de la société.
Je rêve d’un monde où les cours d’histoire raconteraient l’Histoire toute entière, et non pas juste des bribes valorisant l’esprit conquérant des uns, laissant dans l’oubli les souffrances vécues par les autres.
Je rêve d’un monde nouveau dans lequel la spiritualité prendrait la place de la religion. Que tout discours cherchant à démontrer la supériorité de l’une au-dessus de l’autre serait discréditée et considéré comme dangereux.
Je rêve d’un monde où la femme serait respectée pour son intelligence, sa beauté et ses choix, même si ceux-ci ne comprennent pas un mari et une ribambelle de bébés.
Je rêve d’un monde où l’éducation serait considérée comme priorité nationale au même titre que la sécurité de ses peuples…
Je rêve les rêves de nos révolutionnaires qui sont morts pour avoir osé rêver…
 

lundi 13 octobre 2014

De la construction d’une mémoire collective


« Entre fidélité au dessin parental et construction d’une personnalité autonome, quelle figure de nouveauté avons-nous inventée ? »

 Bonne question !
J’ai envie de répondre : celle d’un monstre dans la plupart de cas… Avec les cornes, la queue, la méchanceté imbécile et la fourche.
Hum.

Je vais vous faire un patchwork de réflexions sur ce qui me touche ces temps-ci…

Je suis dans la revendication de tellement de choses ! De ma couleur à ma taille en passant par ma chevelure et mon lieu de résidence… C’est fou combien on accepte de faire des concessions là où on ne devrait pas. Depuis quand c’est si dur d’accepter l’autre dans toute sa complexité ? À quel moment on donne le pouvoir à l’autre ou à quel moment il prend son pouvoir pour nous mener en bateau ? Quand on lui demande à quelle heure il va revenir ou quand on ne lui demande pas du tout ? Quand on refuse d’aller voter ou quand on y va et qu’on choisit l’autre candidat ?
C’est fou hein !

Il y a quelques années, j’ai suis allée avec ma nièce en Belgique regarder Élisabeth II, le film… Et des phrases comme ça me sont restées étampées, je vais les mettre, des fois que ça donnerait des paragraphes entier :

Étrangère, étrangeté, étrange…
Je débarquais dans ce coin et je me posais des questions sur la ville, sur les gens, sur les cultures…
Comment en sont-ils arrivés là ?
Je trouve dans l’impossible tellement d’intérêt
Panneau de verre : loisir de me voir mais pas de me toucher
Surveiller la boussole, étudier les cartes et prier Dieu
Rien à l’horizon si ce n’est du brouillard
La terre, retrouvée, la résurrection
Banal plaisir d’être aimé pour soi…
Chez l’homme le désir n’accorde à sa satisfaction aucune distinction 
Je ne serais pas le jouet du destin

Tout ça c’est surtout pour revenir à un sujet qui me revient à chaque fois… Je le laisse, je passe et pense à autre chose mais il m’obsède…

Ça fait plus de 15 ans que les zaïrois-congolais ont honte de s’exprimer franchement sur le viol, la brutalité, le désespoir, l’abandon – une histoire hélas familière.

Il faut vraiment une mobilisation citoyenne à ce sujet…

Il faut faire sauter le silence et arrêter de camoufler les faits. Dans nos cultures, c’est la victime qui doit avoir honte, quelle ironie ! Et beaucoup n’osent pas parler ou aller se faire soigner, trop effrayées à l’idée que leur mari ou leur famille n’apprennent ce qui leur est arrivé.

Certaines cependant, ne mâchent pas leurs mots. Des femmes qui n’ont plus de noms. Elles en avaient un avant, mais il ne leur sert plus à rien. Ou du moins plus à grand-chose. Des femmes sans nom, des femmes à cent noms. Personne ne les appelle, personne ne leur demande leur avis, plus personne ne les courtise. Ils disent viens ici, mets-toi là, ferme-la, couche-toi, suce, avale, tais-toi. À se demander s’il existe d’autres formes de phrases sur terre. Et pourtant, elles ne sont pas des « bordelles »…

C’est devenu un jeu, on dirait… Il y eut un soir, il y eut un matin : une rébellion ! Il y eut un matin, il y eut un soir : une deuxième rébellion, plus leur lot de violences ! Et le comble, ces messieurs se font la guerre les uns aux autres mais en nous faisant croire aux mêmes revendications. Et en nous prenant pour des cons, en passant.


L’autre chose qui me fait réfléchir ces temps-ci c’est la découverte dans mes documents du fameux « code noir de Louis XIV »…
Ce code a réellement existé, trouvez-le, lisez-le, avec intelligence et dans le but d’être capable de lire certains signes du temps !
Parce que des Louis XIV, il en existe plein aujourd’hui, dans les amitiés, dans les amours, dans les couples, dans les familles triangulaires comme manche-longue, dans la politique, dans les églises, c’est incroyable.

Que dit par exemple la Théorie de l’asymétrie des rapports de force ? Réponse du ministre de la Culture de Louis XIV :

« La théorie de l’Asymétrie des Rapports des Force établit qu’aujourd’hui, hier, demain, et comme toujours, la suprématie est une affaire de force, une affaire d’armes. L’asymétrie des rapports de force établit qu’on impose l’arbitraire à quelqu’un, non pas parce que l’on est plus fort que lui, non pas parce que l’on est mieux ou supérieur à lui, mais parce que l’on est armé, mais parce que l’on tient le fusil pointé sur lui, et parfois, parce que l’on est sans morale. En règle générale, et selon la thèse de la théorie de l’asymétrie des forces, celui qui tient le fusil est faible physiquement, et en position de parasite, puisqu’il se sert de la force, pour s’accaparer des ressources et des richesses d’autrui, tant qu’il tient le fusil, il reste le maître.

Si l’esclave accepte sa situation de servitude ou de soumission, sans se défendre par sa force et sa volonté contre son agresseur, c’est aussi parce que celui qui le maîtrise se sert de la ruse et du conditionnement psychologique pour anéantir sa velléité ou sa volonté de révolte. Alors, au diable l’égalité, au diable la fraternité! Au diable la paix, au diable l’indulgence. Place à la force et au “lavage des cerveaux”. Les Noirs étant comme des animaux, d’un naturel dur et intraitable, on ne peut pas les gagner par la douceur. »

Le Noir, la Femme, les populations civiles, les pays sous-équipés, l'épouse... 

Enfin, la dernière chose est une cogitation sur le nom…
Certains pensent que le nom et le prénom déterminent en partie l’identité. Dans la plupart des pays, le nom qu’on donne à l’enfant aura pour tâche de le protéger, de le caractériser. Il raconte souvent une lignée, une culture, une origine.

En tout cas… Faisons en sorte que ce soit une histoire intéressante sans cornes ni sang…

Voilà, la situation en dent de scie du Congo dit Démocratique, les rapport de force entre autres qui ont été pensés il y a plus de trois siècles, le nom qu’on donne à notre progéniture, tout ça, ce sont des voies de réflexion sur la vie et ce qu’elle est et comment en être un raconteur, un témoin-acteur !!!!

Le devoir de témoignage est important, parce  qu’il est toujours question de travailler sur la mémoire, et celle du Congo(lais) m’intéresse le plus à cause de notre histoire commune, lui et moi. Des souvenirs me reviennent, des sensations, des odeurs, des sons. Se fixer sur la mémoire résonne comme du déjà entendu certes, mais c’est le plus urgent à faire pour ce nouveau pays qu’on nous construit, un pays sans traces, sans héritage, sans passé, sans présent, sans avenir, sans vie, sans existence et qui risque, à cause de la défaillance d’une mémoire collective, d’être morcelé.

La mémoire collective peut être portée par le nom, par la lutte contre l’ignorance, en questionnant le passé et les ouvrages, elle peut aussi être portée par le refus catégorique de concessions.

Le Congo est une splendeur, dans chacun de ses recoins, une splendeur ignorée par tant de ses habitants. On a tendance à en parler comme d’un sous-continent. À l’école on a étudié qu’il fait six fois la France et quatre-vingt fois la Belgique. C’est de là que nous venons, même si désormais c’est un endroit où les choses se passent beaucoup à l’envers…

Là-bas, les mères ont pris la place des pères. Dans les campagnes, dans les villes comme dans les villages. Parce qu’on est des femmes debout avec une volonté de survivance époustouflante.

C’est ce qui fait de ce Congo un pays impérissable. Kinoise, Boyomaise, Kasaïenne, Kivutienne, Katangaise, verticales et toujours debout…




mardi 9 septembre 2014

De la classe à la crasse…



Je suis partie longtemps, j’avoue.
Toutes mes excuses, j’étais en plein dans un festival, « Les Dramaturgies en dialogue » et c’était très prenant, ça m’a vidée de mon énergie, mais c’est le genre de bonne fatigue qui fait se dire je suis dans le monde et mmm que c’est bon !

Merci à mon best PMM pour ce titre qu’il me prête gentiment : De la classe à la crasse… Et comme à chaque fois, on passe dans les trois dimensions, interpersonnelle, sociale et nationale.
Ça arrive souvent qu’une relation, avec tous se dehors d’amour éternel, de beauté, de finesse, de charme et de compréhension, vous plonge dans un enfer sans nom où des confidences sur l’oreiller deviennent des sujets de chantages et des vomissures sur la place publique. Beurk ! Et là, fini les je t’aime, tu es ma vie… Rétrogradation spectaculaire : de ma chérie à conne, bébé à sale, mon cœur à imbécile, très organisée à pas fiable et toutes les affaires de même.

Il arrive qu’un leader ou chef d’entreprise, très empressé de vous embaucher à cause de votre CV tellement riche, vous infantilise et vous exploite comme dans une plantation de canne à sucre dès qu’il vous a dans son équipe.

D’où ce que ça vient ça ?

Le pire ! C’est quand des dirigeants gouvernants vocifèrent, leurs tentacules en l’air, qu’ils ne toucheront jamais à la constitution, texte fondateur de l’État qu’ils dirigent, pis… Revirement total de cent degrés. Et le plus rigolo, tout le monde le savait et se demandait juste pourquoi perdre du temps, de la parole, la crédibilité, non, c’est déjà perdu… mais c’est ça, pourquoi avoir gesticulé, crié, hurlé, pour finalement admettre qu’on va faire ce que tout le monde était sûr qu’on allait faire ?
C’est juste là, à cet endroit précis et pas ailleurs, que se justifierait cette phrase dans Le Parrain – phrase plagiée et copiée et répétée un million de fois : 
« C’est une insulte à mon intelligence !!! »
Et il en faut en avoir, de l’intelligence, pour se sentir insulté…

Voici quelques extraits d’une réflexion faite sur le net et qui mérite d’être lue, ce n’est pas du shopping ni du People mais ça fait du bien aux neurones et permet de muscler notre hamster dans le cerveau :

MODIFICATION, CHANGEMENT DE LA CONSTITUTION : UN EXERCICE PÉRILLEUX POUR TOUT LE MONDE

Par Jean-Bosco Kongolo M.
Juriste & Criminologue
C A N A D A

Ce n’est plus un secret pour personne, un groupe de Congolais tient à modifier ou à chambarder le pacte républicain grâce auquel ils sont pourtant au pouvoir, non pas pour consolider la démocratie mais plutôt pour préserver les privilèges acquis.

Après avoir vanté les vertus de la constitution du 18 février 2006, présentée comme acte fondateur de la troisième République censée libérer une fois pour toutes le peuple congolais de la dictature mobutienne, ce sont curieusement les bénéficiaires de ce nouveau système qui découvrent subitement qu’il n’est plus compatible avec la réalité politique et qu’il mérite d’être adapté à celle-ci.

Mais que reproche-t-on réellement à cette constitution jusqu’à vouloir lui substituer une autre avant même qu’elle soit entièrement appliquée? Pareille démarche, est-elle de nature à contribuer à consolider la démocratie et la cohésion nationale ou au contraire à exacerber la bipolarité et la crise de légitimité?
Dans les lignes qui suivent, nous tenterons d’examiner ces questions en recourant à l’histoire récente de notre pays.

Quelles sont les innovations apportées par la Constitution de février 2006?
Il n’est pas du tout aisé de répondre à cette question dans la mesure où ce qui fait réellement la force de tout texte constitutionnel ou légal ce n’est pas tant le contenu de ses dispositions mais bien ce que les différents acteurs en font.

A ce sujet, il est utile de rappeler que même sous le régime du MPR, Parti-État, la constitution plusieurs fois révisée affirmait notamment le principe de la séparation des pouvoirs, l’indépendance du pouvoir judiciaire, les libertés fondamentales, etc. Non seulement que le principal acteur et bénéficiaire de ce régime s’était finalement rendu compte du contraire lors des consultations populaires organisées par et malgré lui, son entêtement à en tirer toutes les conséquences avait amené un groupe de compatriotes à s’allier aux étrangers pour le renverser « en vue d’instaurer la démocratie ». Depuis, le pays est toujours en proie à des rébellions chroniques qui menacent gravement son intégrité territoriale et empêchent son décollage économique.

Vue sous cet angle, la Constitution de février 2006 n’a pas beaucoup innové dans les faits, à l’exception du pluralisme politique, de la création (non encore effective) des nouvelles provinces et de la limitation du nombre et de la durée des mandats du Président de la République, devenue aujourd’hui un cauchemar pour les détenteurs du pouvoir.

En effet, vouloir à tout prix évacuer l’article 220 de la Constitution par la modification ou par le changement de celle-ci ne signifie ni plus ni moins que restaurer le régime de la pensée unique à cause duquel le sang continue de couler à l’Est, avec toutes les conséquences que l’on connaît sur l’intégrité du territoire national.
Le Congo peut-il se permettre le luxe de créer de nouvelles frustrations alors qu’il peine à gérer les conséquences de la guerre dite de « libération » et des rébellions consécutives à la dictature et à la mauvaise gouvernance? A moins de vouloir provoquer délibérément une nouvelle crise de légitimité qui risque d’emporter tout le monde, l’article 220 inutilement redouté n’empêche nullement les révisionnistes de conserver le pouvoir le plus longtemps qu’ils le peuvent, il suffit de respecter les règles du jeu tracées par le constituant de 2006.

Possibilité de conserver le pouvoir

Il est d’abord important de rappeler que le préambule de la présente Constitution se termine par la phrase suivante : « Conscients de nos responsabilités devant Dieu, la Nation, l’Afrique et le Monde ; Déclarons solennellement adopter la présente Constitution »

Bien avant ce préambule, l’exposé des motifs dit clairement ceci au sujet de la révision constitutionnelle : « Pour préserver les principes démocratiques contenus dans la présente Constitution contre les aléas de la vie politique et les révisions intempestives, les dispositions relatives à la forme républicaine de l’État, au principe du suffrage universel, à la forme représentative du Gouvernement, au nombre et à la durée des mandats du Président de la République, à l’indépendance du pouvoir judiciaire, au pluralisme politique et syndical ne peuvent faire l’objet d’aucune révision constitutionnelle.
Telles sont les lignes maîtresses qui caractérisent la présente Constitution. »

Les conséquences pouvant résulter du changement de la Constitution

Ces conséquences peuvent être d’ordre juridique, politique et social.

Conséquences d’ordre juridique et politique :

-S’il est vrai qu’un gouvernement de cohésion nationale sera bientôt formé pour conduire le peuple au référendum, nous avons déjà eu à rappeler que ce serait une violation pure et simple de la Constitution en vigueur, qui ne prévoit cela dans aucune de ses dispositions :

Article 78
« Le Président de la République nomme le Premier ministre au sein de la majorité parlementaire après consultation de celle-ci. Il met fin à ses fonctions sur présentation par celui-ci de la démission du Gouvernement.
Si une telle majorité n'existe pas, le Président de la République confie une mission d'information à une personnalité en vue d'identifier une coalition.
La mission d'information est de trente jours renouvelable une seule fois.
Le Président de la République nomme les autres membres du Gouvernement et met fin à leurs fonctions sur proposition du Premier ministre. »

Jusqu’à preuve du contraire, il existe « une majorité parlementaire », dont les rangs sont toujours serrés autour de son chef et qui s’est réunie récemment pour faire la démonstration de sa force.

- Cette majorité présidentielle détient et exerce le pouvoir en vertu des élections qu’elle est fière « d’avoir gagnées en 2006 et en 2011 ». Contrairement à la période post-guerre de 2006, nous nous trouvons en temps de paix où le parlement actuel n’a reçu aucun mandat pour s’arroger le pouvoir de se muer en une constituante ayant compétence de changer la constitution.

- La Constitution, loi fondamentale, n’est pas une loi ordinaire qu’on peut abroger pour la remplacer par une autre. Dans celle en vigueur, qui est l’arbre sur lequel sont confortablement assis les dirigeants actuels, il n’est prévu que les mécanismes de sa révision, en excluant de ce champs, pour des raisons historiques et de démocratie, certaines dispositions tel que l’article 220 :

« La forme républicaine de l'État, le principe du suffrage universel, la forme représentative du Gouvernement, le nombre et la durée des mandats du Président de la République, l'indépendance du pouvoir judiciaire, le pluralisme politique et syndical, ne peuvent faire l'objet d'aucune révision constitutionnelle.
Est formellement interdite toute révision constitutionnelle ayant pour objet ou pour effet de réduire les droits et libertés de la personne ou de réduire les prérogatives des provinces et des entités territoriales décentralisées. »

Dans les circonstances actuelles, former un gouvernement en dehors de ce cadre clairement tracé, de même qu’organiser un référendum en vue de renverser l’ordre constitutionnel en vigueur est non seulement un coup d’État contre les concepteurs mêmes de ce projet, mais constituent des infractions imprescriptibles contre la nation et l’État, dont répondront tôt ou tard les auteurs survivants qui seront poursuivis pour haute trahison.

L’histoire récente de notre pays nous rappelle, comme si c’était hier, ces puissants et intouchables mobutistes qui se sont agenouillés, en chambre du conseil, devant des juges jadis méprisés pour solliciter leur mise en liberté provisoire. C’est en ce moment-là seulement qu’ils se sont rendu compte de l’importance de la justice et qu’ils ont su que mieux vaut être pauvre en liberté que riche en détention.

Pour que nul n’en prétexte l’ignorance, l’article 64 de la Constitution dispose :
Tout Congolais a le devoir de faire échec à tout individu ou groupe d'individus qui prend le pouvoir par la force ou qui l'exerce en violation des dispositions de la présente Constitution.
Toute tentative de renversement du régime constitutionnel constitue une infraction imprescriptible contre la nation et l'État. Elle est punie conformément à la loi.

Ce qui est donc à craindre présentement, c’est que le changement de la Constitution restaure le régime dictatorial revu et corrigé qui modifierait la forme républicaine, supprimerait le suffrage universel sous prétexte de son coût, élargirait le nombre et rendrait à durée indéterminée les mandats du Président sortant, réduirait l’indépendance du pouvoir judiciaire et les droits et libertés de la personne.

- Les pro-changements doivent par conséquent avoir à l’esprit qu’une nouvelle constitution remettrait les pendules à zéro en vidant de toute sa substance la légitimité du pouvoir dont sont investies toutes les institutions actuelles, parmi lesquelles le Président de la République.

Conséquences d’ordre social

Il sied de rappeler que la barre avait déjà été placée très haut avec l’apparition de l’ouvrage intitulé « Entre la révision constitutionnelle et l’inanition de la nation », rédigé par le secrétaire général du PPRD, agissant plus comme propagandiste que comme professeur de droit constitutionnel. Des rumeurs aux démentis, les intentions réelles de la majorité au pouvoir ont fini par être dévoilées lors de la réunion de cette plate-forme politique tenue le 25 août 2014 à Kingakati et présidée par son autorité morale en personne.

A l’exception du MSR, parti dont le délégué a eu le courage patriotique de s’opposer de manière assez claire à la révision ou au changement de la Constitution, des faucons de cette famille politique s’en foutent du pacte républicain obtenu difficilement « entre belligérants » après des années de guerre, de transition et de négociations et qu’ils n’ont d’ailleurs jamais respecté.

Anciens belligérants eux-mêmes, certains d’entre les intervenants à cette rencontre n’ont eu dans leurs bouches que le langage d’arrogance et de la force, seuls moyens qu’ils connaissent pour accéder au pouvoir et pour le conserver. Avec le sang des Congolais sur leurs mains, point n’est besoin de comprendre qu’ils craignent de répondre un jour de leurs actes s’ils perdent le pouvoir.

La conservation du pouvoir étant pour eux une question de survie comme ils l’ont clamé haut et fort, il faut s’attendre, d’ici 2015 et 2016, au détournement de l’armée et de la police pour écraser tout mouvement de contestation ayant pour objet de faire échec à l’antidémocratique projet d’imposer un Président de la République qui a épuisé ses mandats afin de le laisser régner jusqu’à ce que Dieu en décide autrement comme à l’époque de l’indissoluble mariage « Mobutu-Peuple ».

Mais comme les contestations sont d’ores et déjà prévisibles, il y a fort à craindre qu’un autre cycle de violences et de répressions vienne perturber l’apparente paix sociale et l’hypothétique cohésion nationale, nécessaires pour rebâtir le pays.

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, ce cycle de violences et de répressions risque surtout de réveiller de vieux démons internes et externes, les uns ne pouvant nullement tolérer qu’un groupe d’individus s’empare du pouvoir par la force et les autres pouvant profiter des troubles inévitables pour matérialiser leur projet de morcellement du pays.

A qui finalement cela va profiter?

Conclusion

Malgré ses imperfections, nombreuses d’ailleurs et inhérentes à toute œuvre humaine, la Constitution en vigueur en République Démocratique du Congo a eu le mérite de tracer un cadre dans lequel tous les fils et toutes les filles du pays peuvent, dans le respect du pluralisme politique, conquérir le pouvoir et même l’exercer le plus longtemps possible grâce à la bonne gouvernance, à l’actualisation et à la perfection du projet de société.

Conserver le pouvoir ne signifie donc pas faire le culte de la personnalité, de triste mémoire, en présentant le même candidat au-delà du temps qui lui a été imparti, sous prétexte qu’il est le seul valable à l’échelle nationale, capable de réaliser tous les projets de reconstruction et de développement du pays. N’est-ce pas là une insulte à l’élite congolaise que de faire croire à la face du monde que durant toute une génération, sinon plus, notre pays ne peut produire qu’un seul de ses fils ou une seule de ses filles capable de le diriger?

Si dans leurs rangs, les pro-changements de la Constitution n’ont trouvé aucun autre candidat méritant, il n’y a pas de honte à attendre un autre tour pour le préparer pendant qu’ils observeront et critiqueront la gouvernance des autres. Se désolidariser de ceux qui complotent contre l’État de droit et contre la démocratie, uniquement pour leur survie politique et matérielle, est présentement le seul acte que tout Congolais épris de paix et de justice peut poser devant Dieu, les hommes et l’histoire.

C’est « plate » hein!
Mais le sujet valait le détour et s’informer c’est se donner du pouvoir et une plus grande espérance de vie. Voilà… Classe ou crasse ? Qui vivra, verra.

  

lundi 30 juin 2014

D’une vraie indépendance !


«Nous pouvons créer la vision de l’univers de notre choix, puis accumuler des preuves qui la confirment.»

– Barry Neil Kaufman

 Aujourd’hui est le 54è anniversaire de l’indépendance du Congo dit Démocratique. Autonomisation on peut traduire… ? Il va sûrement y avoir un défilé et une démonstration de force de ce qu’est l’armée, question de dire aux pas d’accord : attention ! Mais les pas d’accord, ils sont à l’intérieur, ils sont fatigués, ils veulent une vie plus décente. C’est aux voisins qu’il faut dire attention, meuh non, on fume le cigare avec et on boit du champagne.

Une vraie indépendance, faut la cultiver aussi dans l’interpersonnel, ne plus se laisser prendre pour une conne, ne plus accepter des qualificatifs qui ne nous correspondent pas. « Un peu manipulatrice », « moche », « grosse », « menteuse »… Faut lire le Larousse un peu plus souvent !

Comment dire de 60 millions de personnes que ce sont tous des « voleurs », « pas crédibles », « light », « inconsistants »… Vous les avez toutes rencontrées, les 60 millions ? Il y a de la crème je vous assure. De vrais individus autonomes avec une colonne vertébrale bien droite. Des familles dans lesquelles les enfants sont épanouis et talentueux. Oui, ça existe. Comme le contraire. Et comme partout.

Ce 30 juin me donne l’occasion de partager cette réflexion d’une amie.

Avez-vous parfois l’impression que la vie ne vous entend pas, ou encore qu’elle vous répond n’importe comment? Peut-être faites-vous des pieds et des mains afin d’atteindre un certain but, avec une intention claire et précise, pour vous buter constamment à une sorte de mur invisible?

On sent tous intuitivement que l’on est fait de poussière d’étoiles, que l’on est connecté à l’énergie qui crée les mondes. C’est inné… quoi qu’on en pense intellectuellement, rien ne pourrait nous convaincre du contraire. Il est donc toujours troublant quand les choses ne vont pas comme on le voudrait – quand nos demandes ne semblent pas être «entendues». Cela nous donne l’impression que la vie ne nous aime pas, que l’univers nous ignore. Et qu’on le réalise ou non, ce sentiment nous affecte généralement bien plus encore que le fait de ne pas avoir ce que l’on veut.

Il y a une raison pour laquelle la vie ne nous répond pas. Ou plutôt : il y a une raison pour laquelle elle semble ne pas nous répondre, parfois. C’est une nuance tellement cruciale, je soulignerais ce qui suit avec un gros marqueur jaune si je le pouvais (en fait, peut-être que je le peux… Voyons voir). C’est que la vie n’écoute pas le langage que l’on parle en surface, mais celui que l’on parle à un niveau beaucoup plus profond. Elle écoute des choses que l’on affirme et demande, sans même le réaliser, un langage que l’on parle «derrière» le langage que l’on a l’impression de parler.

Imaginons que l’on est très généreux envers l’homme ou la femme que l’on fréquente. Notre intention est de vivre une belle union. Notre vision est d’aimer et d’être aimé abondamment. Nos actions sont remplies d’affection. Tout est parfait, n’est-ce pas? Mais imaginons maintenant que notre générosité s’appuie sur la croyance que l’on n’est pas digne d’amour tel que l’on est, et que l’on doit donc en faire beaucoup pour compenser. Soudainement, tout est complètement différent. On s’attendra probablement à ce que la vie entende notre générosité, ou notre intention d’avoir une belle relation. Mais elle entendra d’abord et avant tout la prémisse sur laquelle tout cela s’appuie – c’est-à-dire, l’idée que l’on n’est pas assez. Ainsi, les probabilités sont très élevées que l’amour nous glisse constamment des doigts, d’une façon ou d’une autre… ce qui confirmera ce que l’on pense de nous, bien sûr. Et si on était effectivement aimé profondément en retour, on se dirait que l’autre personne nous aime seulement à cause de notre générosité – non pas parce qu’on est magnifique tel que l’on est.

Prenons un autre exemple. Imaginons que l’on se sent très petit et que l’on décide de bâtir une grosse entreprise très lucrative pour prouver que l’on est grand et capable. On peut avoir le même projet pour plusieurs raisons très différentes, bien sûr, mais imaginons ici que notre désir prend racine dans un sentiment d’infériorité. Quel sera le résultat? Encore une fois, il sera probablement très difficile d’atteindre notre but, même si on donne tout ce que l’on a. Ce sera comme si une force invisible nous empêchait d’avancer, et chaque petit échec que l’on vivra nourrira le sentiment de petitesse dont on voulait tant se libérer. Oh, et même si on réussissait malgré tout (car il y a, bien sûr, toujours plus d’une croyance qui entre en jeu; je «sursimplifie» un peu les choses, ici…), on ne se sentira qu’encore plus petit dans notre grosse entreprise et notre grosse demeure. Cela ne peut faire autrement. Le sentiment de petitesse est la fondation sur laquelle toute notre démarche s’appuie.

La vie nous écoute. Mais elle n’écoute pas ce que nous disons, ou même ce que nous affirmons, ou même ce que nous croyons en surface. Elle écoute l’énergie derrière – la prémisse sur laquelle nos désirs et nos actions reposent. On dit souvent que la pensée est puissante. Et elle l’est, effectivement. Mais ce qui l’est encore davantage est la pensée derrière la pensée – la pensée-maîtresse, si vous voulez. Notre intention peut être magnifique, nos actions peuvent être parfaites… mais si la pensée-maîtresse est toxique, elle contaminera tout le reste. C’est un peu comme essayer de bâtir un château sur un dépotoir.

Tout cela est facile à observer sur le plan psychologique (si une personne ne se sent pas digne d’être aimée, par exemple, c’est sûr que les autres auront tendance à le sentir, à la croire, et souvent à agir en conséquence), mais il s’agit d’abord et avant tout d’un phénomène énergétique qui se produit sur la toile de fond de la vie – à ce niveau ultra fondamental sur lequel tout le reste se tisse.

Ainsi, chaque fois que l’on met de l’argent de côté sur la prémisse que l’on n’est pas le type de personne qui peut ou pourra avoir un revenu important, on cultive cette réalité; chaque fois que l’on prend des suppléments alimentaires sur la prémisse que l’on est fragile et vulnérable, on nourrit la fragilité. Et si notre démarche spirituelle s’appuie sur la prémisse que l’on n’est pas O.K. tel que l’on est, notre spiritualité deviendra ironiquement l’outil de notre ego, et elle nourrira notre sentiment de ne jamais être assez évolué.

C’est gros, n’est-ce pas?

Il n’est certainement pas question ici de ne pas mettre d’argent de côté, de ne pas prendre de suppléments, de ne pas être très généreux envers les autres, et de ne jamais bâtir une grosse entreprise. J’espère que c’est évident. On parle d’être présent à l’énergie qui nous habite au moins autant qu’on l’est à nos désirs, à nos intentions et nos actions, tout simplement – car elle parle plus fort que toutes les autres considérations réunies. On aimerait tant que le monde extérieur puisse nous donner la paix et la sécurité tant désirées… mais la seule chose qu’il peut faire est de nous suivre là où on décide d’aller. Il ne peut pas changer notre état profond – à moins, bien sûr, qu’on ait fait le premier pas –, il ne peut que nous le refléter et l’amplifier.

Ainsi, chaque fois que l’on sent une contraction, ou une petitesse, ou un vide, c’est une invitation à entrer en soi et à se détacher graduellement de la pensée-maîtresse qui est à l’origine de notre état (et si elle nous fait sentir ainsi, c’est le signe qu’elle est fausse, en passant). Passer par l’intérieur, ainsi, n’est certainement pas toujours facile… On l’aurait fait bien avant, sinon! Mais c’est vraiment la seule option, la seule véritable forme de transformation.

C’est donc ce que je vous propose aujourd’hui. Entrez en vous. Quelles que soient les apparences présentement, prenez contact avec l’être majestueux, étincelant de santé et de prospérité, que vous êtes profondément. Puis agissez, parlez, créez à partir de cet espace rempli et vibrant – cet espace de vérité. Faites-en votre nouveau langage, la nouvelle prémisse sur laquelle vous vous appuyez. Et rapidement, vous verrez que la vie vous répondra avec une ardeur et une générosité que vous ne pourriez même pas imaginer.
xx 
Marie-Pier

P.-S. Si vous recevez ce courriel d’un ami qui a eu la gentillesse de le partager avec vous, notez que vous pouvez vous abonner sans frais à Matin Magique sur http://www.matinmagique.com et recevoir de petites doses de magie – comme ce message – directement dans votre boîte courriel. Je serais ravie de vous accueillir dans la grande famille magique. :-)

Une majestueuse vision m’habite : celle de mettre un peu de douceur et de magie chaque matin dans la vie de 1 000 000 personnes de tous les âges et de tous les pays.


Merci Marie-Pier et bonne fête d’indépendance aux concernés !!!!
I have a dream…

dimanche 25 mai 2014

Plein de questionnements…


«Nous pouvons créer la vision de l’univers de notre choix, puis accumuler des preuves qui la confirment.»

– Barry Neil Kaufman

 
Mille excuses du long temps écoulé depuis mon dernier post.

Il s’en est passé des choses…

La déshumanisation pour moi c’est avant tout la méchanceté, et une de ses manifestations dans l’interpersonnel, chacun peut se situer. On a déjà été méchant tous et on sait comment on fait ça…

Plus globalement, dans nos sociétés, c’est lorsqu’on arrête d’appeler les gens par leurs noms et qu’on leur colle des qualificatifs du genre racaille, vermine, cancrelats…Il y a des signes avant-coureurs dans les faits sociaux qu’il est important de regarder et des attitudes qu’il faut condamner surtout quand elles sont répétées par le plus grand nombre de personnes : la majorité n’a pas toujours raison, le politique n’a pas toujours de jugeote !

Ou est-ce que je veux en venir ?

C’est à cause du terme vermine qu’on commémore le génocide au Rwanda. C’est à cause du terme racaille que des véhicules ont été saccagés, brûlés en France à une époque avant que les jeunes des banlieues parisiennes inventent en verlan le terme KA.YI.RA.

De quoi je parle ?

Des expulsions des Congolais du Zaïre – puisqu’il faut préciser de quel Congo il s’agit – d’un peu partout. Du Canada, d’Angola et tout récemment de Brazzaville au Congo voisin. Et tout ceci, que ça fasse mal, que ça donne la rage ou que ça donne la haine, c’est une conséquence d’une cause dont personne ne parle.

Et c’est là que les choses sont intéressantes. Parce qu’on doit être capables, dans toutes les postures de vie et dans toutes les successions d’évènements, de nommer les vraies causes qui nous font agir… C’est là que mon regard s’arrête et que mon intelligence a soif de compréhension. Et il faut pouvoir en parler, au fait. L’évitement n’est pas la bonne attitude. Il se passe des choses incroyables qui font remonter des sentiments tellement contradictoires qu’il est important de s’arrêter pour se questionner.

Parce qu’il y a des familles composées des ressortissants des deux pays. Des gens qui s’aiment, qui ont fondé des foyers, qui ont des enfants ensemble et qui doivent entendre chaque jour les termes « vermine, racaille, cancrelats »… Tiens, on dirait du déjà-entendu ça… une radio appelée Radio des Mille collines… Une telle conséquence ne peut qu’avoir une cause bien plus profonde que celle étalée pour les caméras de la télévision et c’est important que l’élite prenne les choses en main et fasse quelque chose.

Tant que tout reste entre les mains du politique ou de la masse, on n’est pas sorti du bois et les couples composés de ressortissants d’une rive et de l’autre n’auront plus qu’à chercher une terre d’accueil et d’asile pour aller vivre leur bonheur loin de « la radio du Fleuve » avec ses messages sur la vermine à écraser…

On a le devoir d’en parler, même quand ça fait mal.

Surtout quand ça fait mal.

Toutes les mochetés de la vie qui sont tues restent moches.

C’est comme les violeurs à l’Est du Congo Zaïre et qui jouissent de l’impunité.

On devrait sévir publiquement. Les désigner publiquement, que leurs noms circulent partout, qu’on pointe du doigt leurs épouses et maîtresses quand elles font le marché ou quand elles voyagent avec leur panoplie de valises Louis Vuitton. On doit dire à leurs enfants ce que leur papa fait pour leur payer leurs vacances à Disney Land. Pour que la chose faite salement, en cachette, soit révélée publiquement…

Et seul le temps confirmera ou infirmera la divulgation…

Parce qu’il y a des « il parait » qui circulent. On est dans un continent de l’oralité et dans les villes urbaines comme Kinshasa ou Brazzaville ça s’appelle « radiotrottoir »…

Une radio qui ne raconte pas que des histoires de rue… Oh non !

On ne peut pas prendre les gens pour des cons éternellement. Un temps, oui, mais pas tout le temps quand même. Faut être plus inventif.

Ma prise de parole va au-delà du parti-pris. Je suis responsable de ce que je dis, je ne suis pas responsable de ce que les gens entendent… Mais pour guider la compréhension, je pense qu’on devrait être capable de se parler même quand on n’est pas d’accord, c’est ça le truc. Laisser des traces sur terre c’est aussi prendre ses responsabilités et assumer ses choix. La masse comme le politique devrait sérieusement y réfléchir parce que le court terme est un piège à con pour ne pas être objectif. Toujours s’associer au moyen et long terme. Toujours.

C’est aussi valable dans l’interpersonnel tiens.

Et by the way, une spéciale dédicace à tous ceux qui m’ont pourrie la vie ces trois dernières années : merci !!!!!! Vraiment. Vous avez réveillé en moi la lionne, vous m’avez donné le coup de pied qu’il fallait pour me challenger, me repositionner, reprendre mon identité. Vous m’avez aidée à croître et mûrir plus solidement. Merci…

Je finis.

J’ai lu quelque part un titre qui m’a interpellé : âge de déraison. Et on parlait des temps actuels. Et plus loin le monsieur dira qu’il faut arriver à un moment donné à s’épanouir dans le chaos. Et pour réussir, il ne suffit pas de faire face au changement, il faut l’exploiter car tout changement est une opportunité déguisée. Comme il est impossible de l’arrêter, il faut en tirer parti…