lundi 13 octobre 2014

De la construction d’une mémoire collective


« Entre fidélité au dessin parental et construction d’une personnalité autonome, quelle figure de nouveauté avons-nous inventée ? »

 Bonne question !
J’ai envie de répondre : celle d’un monstre dans la plupart de cas… Avec les cornes, la queue, la méchanceté imbécile et la fourche.
Hum.

Je vais vous faire un patchwork de réflexions sur ce qui me touche ces temps-ci…

Je suis dans la revendication de tellement de choses ! De ma couleur à ma taille en passant par ma chevelure et mon lieu de résidence… C’est fou combien on accepte de faire des concessions là où on ne devrait pas. Depuis quand c’est si dur d’accepter l’autre dans toute sa complexité ? À quel moment on donne le pouvoir à l’autre ou à quel moment il prend son pouvoir pour nous mener en bateau ? Quand on lui demande à quelle heure il va revenir ou quand on ne lui demande pas du tout ? Quand on refuse d’aller voter ou quand on y va et qu’on choisit l’autre candidat ?
C’est fou hein !

Il y a quelques années, j’ai suis allée avec ma nièce en Belgique regarder Élisabeth II, le film… Et des phrases comme ça me sont restées étampées, je vais les mettre, des fois que ça donnerait des paragraphes entier :

Étrangère, étrangeté, étrange…
Je débarquais dans ce coin et je me posais des questions sur la ville, sur les gens, sur les cultures…
Comment en sont-ils arrivés là ?
Je trouve dans l’impossible tellement d’intérêt
Panneau de verre : loisir de me voir mais pas de me toucher
Surveiller la boussole, étudier les cartes et prier Dieu
Rien à l’horizon si ce n’est du brouillard
La terre, retrouvée, la résurrection
Banal plaisir d’être aimé pour soi…
Chez l’homme le désir n’accorde à sa satisfaction aucune distinction 
Je ne serais pas le jouet du destin

Tout ça c’est surtout pour revenir à un sujet qui me revient à chaque fois… Je le laisse, je passe et pense à autre chose mais il m’obsède…

Ça fait plus de 15 ans que les zaïrois-congolais ont honte de s’exprimer franchement sur le viol, la brutalité, le désespoir, l’abandon – une histoire hélas familière.

Il faut vraiment une mobilisation citoyenne à ce sujet…

Il faut faire sauter le silence et arrêter de camoufler les faits. Dans nos cultures, c’est la victime qui doit avoir honte, quelle ironie ! Et beaucoup n’osent pas parler ou aller se faire soigner, trop effrayées à l’idée que leur mari ou leur famille n’apprennent ce qui leur est arrivé.

Certaines cependant, ne mâchent pas leurs mots. Des femmes qui n’ont plus de noms. Elles en avaient un avant, mais il ne leur sert plus à rien. Ou du moins plus à grand-chose. Des femmes sans nom, des femmes à cent noms. Personne ne les appelle, personne ne leur demande leur avis, plus personne ne les courtise. Ils disent viens ici, mets-toi là, ferme-la, couche-toi, suce, avale, tais-toi. À se demander s’il existe d’autres formes de phrases sur terre. Et pourtant, elles ne sont pas des « bordelles »…

C’est devenu un jeu, on dirait… Il y eut un soir, il y eut un matin : une rébellion ! Il y eut un matin, il y eut un soir : une deuxième rébellion, plus leur lot de violences ! Et le comble, ces messieurs se font la guerre les uns aux autres mais en nous faisant croire aux mêmes revendications. Et en nous prenant pour des cons, en passant.


L’autre chose qui me fait réfléchir ces temps-ci c’est la découverte dans mes documents du fameux « code noir de Louis XIV »…
Ce code a réellement existé, trouvez-le, lisez-le, avec intelligence et dans le but d’être capable de lire certains signes du temps !
Parce que des Louis XIV, il en existe plein aujourd’hui, dans les amitiés, dans les amours, dans les couples, dans les familles triangulaires comme manche-longue, dans la politique, dans les églises, c’est incroyable.

Que dit par exemple la Théorie de l’asymétrie des rapports de force ? Réponse du ministre de la Culture de Louis XIV :

« La théorie de l’Asymétrie des Rapports des Force établit qu’aujourd’hui, hier, demain, et comme toujours, la suprématie est une affaire de force, une affaire d’armes. L’asymétrie des rapports de force établit qu’on impose l’arbitraire à quelqu’un, non pas parce que l’on est plus fort que lui, non pas parce que l’on est mieux ou supérieur à lui, mais parce que l’on est armé, mais parce que l’on tient le fusil pointé sur lui, et parfois, parce que l’on est sans morale. En règle générale, et selon la thèse de la théorie de l’asymétrie des forces, celui qui tient le fusil est faible physiquement, et en position de parasite, puisqu’il se sert de la force, pour s’accaparer des ressources et des richesses d’autrui, tant qu’il tient le fusil, il reste le maître.

Si l’esclave accepte sa situation de servitude ou de soumission, sans se défendre par sa force et sa volonté contre son agresseur, c’est aussi parce que celui qui le maîtrise se sert de la ruse et du conditionnement psychologique pour anéantir sa velléité ou sa volonté de révolte. Alors, au diable l’égalité, au diable la fraternité! Au diable la paix, au diable l’indulgence. Place à la force et au “lavage des cerveaux”. Les Noirs étant comme des animaux, d’un naturel dur et intraitable, on ne peut pas les gagner par la douceur. »

Le Noir, la Femme, les populations civiles, les pays sous-équipés, l'épouse... 

Enfin, la dernière chose est une cogitation sur le nom…
Certains pensent que le nom et le prénom déterminent en partie l’identité. Dans la plupart des pays, le nom qu’on donne à l’enfant aura pour tâche de le protéger, de le caractériser. Il raconte souvent une lignée, une culture, une origine.

En tout cas… Faisons en sorte que ce soit une histoire intéressante sans cornes ni sang…

Voilà, la situation en dent de scie du Congo dit Démocratique, les rapport de force entre autres qui ont été pensés il y a plus de trois siècles, le nom qu’on donne à notre progéniture, tout ça, ce sont des voies de réflexion sur la vie et ce qu’elle est et comment en être un raconteur, un témoin-acteur !!!!

Le devoir de témoignage est important, parce  qu’il est toujours question de travailler sur la mémoire, et celle du Congo(lais) m’intéresse le plus à cause de notre histoire commune, lui et moi. Des souvenirs me reviennent, des sensations, des odeurs, des sons. Se fixer sur la mémoire résonne comme du déjà entendu certes, mais c’est le plus urgent à faire pour ce nouveau pays qu’on nous construit, un pays sans traces, sans héritage, sans passé, sans présent, sans avenir, sans vie, sans existence et qui risque, à cause de la défaillance d’une mémoire collective, d’être morcelé.

La mémoire collective peut être portée par le nom, par la lutte contre l’ignorance, en questionnant le passé et les ouvrages, elle peut aussi être portée par le refus catégorique de concessions.

Le Congo est une splendeur, dans chacun de ses recoins, une splendeur ignorée par tant de ses habitants. On a tendance à en parler comme d’un sous-continent. À l’école on a étudié qu’il fait six fois la France et quatre-vingt fois la Belgique. C’est de là que nous venons, même si désormais c’est un endroit où les choses se passent beaucoup à l’envers…

Là-bas, les mères ont pris la place des pères. Dans les campagnes, dans les villes comme dans les villages. Parce qu’on est des femmes debout avec une volonté de survivance époustouflante.

C’est ce qui fait de ce Congo un pays impérissable. Kinoise, Boyomaise, Kasaïenne, Kivutienne, Katangaise, verticales et toujours debout…